Un jour vint au monde une petite pisseuse. Ce jour là, papa partit acheter des cigarettes et ne revint pas. Un accident sur le chemin, une attaque de gnomes, la perte des deux pauvres noisettes qui lui servaient de couilles, personne ne peut dire, on ne retrouva jamais trace ni de lui ni de son corps. Ce qui est certain c’est que la petite grenouille qui vient de pointer son nez morveux est bien là et comme si elle comprenait la situation, elle hurlait de tout son souffre.
La mère, exténuée par l’effort, l’abandon et la déchirure était complètement dépassée.
Un triste avenir pour la môme se profilait à l’horizon.
On la surnomma La Poisse avant même de la prénommer Christine. Oui, un triste avenir.

Un beau jour Christine coupe le cordon. Celui la reliant à sa mère l’avait était 20 ans plus tôt au sens propre comme au figuré et elle n’eut aucun état d’âme quand les deux extrémités tronqués de la rallonge électrique alimentant la friteuse électrique s’enfouit dans l’huile bouillonnante.
Grande braderie chez maman ! Tout doit disparaitre !
Et tout s’est envolé. En fumée. Comme papa.

Christine se retrouve enfin délestée des boulets qui l’empêchaient de prendre son envol.
Mais cette conne rigolait tellement devant la baraque en flammes qu’aussi futés que soient les flics, on n’eut pas trop de mal à savoir qui était le responsable de cette affaire.
C’est à ce moment qu’un truc resta coincé dans sa tête de piaf. Un peu comme quand on fait une grimace et que les cloches sonnent, elle est restée québlo.
Incarcérée puis en-camisolée, force est de constater que son évasion était un fiasco.

Tant pis, elle va attendre et attendre jusqu’à ce qu’une autre occasion s’offre à elle.
Profil bas et grands sourires sont de rigueur. La Poisse se transforme en Miss Bisous. Les blouses blanches sont fières d’elle maintenant. Elle est sage, gentille, bisouilleuse, participe aux activités hospitalière.

Enfin libre, après une sortie pour bonne conduite, Miss Bisous fut relâchée. Cependant, sa gentillesse ne lui valut rien de bon dehors et très vite elle se retrouva piégée par de mauvaises gens qui profitèrent de la pauvrette.
Elle se sauva, encore mais cette fois définitivement pour se mettre à l'habrit de toute civilisation.
Elle se planqua dans un sous bois où une cabane de chasseur lui servi de logis.
Très vite, les chasseurs n’y allaient plus que pour quelques affaires marchandes. Gibiers, argent, objets divers contre bons soins.
Christine mit à profit son art pour les bisous doux et pu vivre libre.
Recluse mais libre.